Missions sur les côtes d’Indochine 3

Une mission intéressante nous est enfin confiée, la participation à un débarquement de nuit dans la région de Hué. Plusieurs jours de liberté nous sont ensuite accordés, et nous en profitons pour patrouiller au plus près de la côte, nous faufilant entre les îlots et les rochers que surplombent les montagnes de la chaîne annamite, Deux journées d’escales à Nha Trang nous permettent enfin de prendre un bain dans la mer de Chine, sur une côte dont je n’ai pas eu, jusqu’à ce jour, le loisir d’apprécierj les charmes touristiques.
Après ces moments de détente, une mission, moins plaisante, mais plus originale, nous attend. Nous allons au Tonkin embarquer un millier de réfugiés chinois, hommes, femmes, enfants, vieillards, volailles et cochons, venus je n’ai jamais su d’où. Nous les débarquerons à Phu Quôc, île du golfe de Siam, connue surtout pour son nuoc-mâm. Là-bas, perdus au milieu de la mer, gardés par les requins qui infes- tent la région et qui rendent vaine toute velléité de fuite à la nage, s’entassent des milliers et des milliers de réfugiés ignorant, en fuyant le régime de Mao, le sort que la France généreuse allait leur réserver. Pendant six jours de mer, ces malheureux fuyards s’entassent sous les tentes qu’ils ont dressées sur le pont.
Spectacle hallucinant que ces toiles balayées par les embruns, déchirées par le vent, et qui couvrent la totalité du pont maintenant inaccessible à notre équipage. J’ignore ce qu’ils mangent ni ce qu’ils boivent pendant cette longue traversée, car; nous ne sommes ni chargés de leur approvisionnement ni responsables de leur santé.

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Depuis six mois déjà, j’effectue ce métier de marin caboteur, répétitif < sans attrait. Je songe à Djidjelli où la saison des bains commence, à Tournoux où le champs se couvrent de coquelicots. Rares sont les nouvelles de la maison. Marna s’est installée dans un appartement qu’elle a enfin trouvé à Hydra. Elle a, au sein d l’Action Catholique, des responsabilités importantes qui servent de dérivatif à so chagrin. Mon jeune frère Bertrand vient d’avoir I 1 ans ; il souffre toujours de la dis parition de son père. Ma sœur Huguette accumule des maux aussi divers que nom breux, mais n’en réduit pas pour autant ses activités. « Huguette et Bernard son excessifs en tout », dit-on dans la famille. Yves et sa famille ont quitté Mascara et si sont installés à Bougie. Gilles rentre de son service militaire, et cherche du travail L’éloignement a fait son oeuvre : ces nouvelles de mes proches me semblent parveni d’un autre monde !
Mai 52, c’est le début de la saison des pluies. La mousson décline, les tra versées sont désormais plus calmes. Tous les soirs vers six heures l’orage éclate ; des trombes d’eau s’abattent sur Saigon. L’ambiance est lourde, la chaleur de plus en plus humide, les moustiques de plus en plus féroces.

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