Missions sur les côtes d’Indochine 2

Les navettes entre Saigon et Haiphong commencent à me lasser, ma campagne d’Indochine ne ressemble en rien à celle que j’attendais. J’envie mes camarades qui sur le fleuve participent directement aux opérations. Le soir dans les cafés de Saigon, ils me font le récit de leurs aventures, parfois douloureuses, mais toujours palpitantes. La semaine dernière, sur la route d’Haiphong à Saigon, nous avons ravi¬taillé le poste de Quang Khé au Nord Annam. Dans ce poste complètement isolé sont basés quelque deux cents militaires de l’armée de terre et une cinquantaine de marins avec six engins de débarquement. Le poste est commandé par un capitaine, le groupe marine par un enseigne de vaisseau. Il n’est ravitaillé que par parachute ou par mer. Il n’y a pas de port marin à Quang Khé, et les bâtiments de mer ne peuvent, en raison d’une barre infranchissable, pénétrer dans le Song Giang. Nous restons donc au mouillage au large, et Gilles de Lalonde, un de mes grands anciens (promo 46), qui commande actuellement le groupe marine, vient, avec une barge de débarquement, prendre livraison du matériel et du ravitaillement. Il nous décrit la vie captivante dans ce poste renommé d’Indochine.

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Toutes les personnalités – députés, ministres ou gé-néraux, y compris le maréchal Juin – qui se sont rendues en Indochine pour une mission d’information ou d’inspection, se sont crues tenus d’aller passer au moins une journée à Quang Khé, le poste le plus avancé en Annam. Situé en pleine zone viet, il a pour mission, sinon d’intercepter, tout au moins de retarder les convois ennemis qui, depuis le Tonkin, traversent la région pour transporter au Laos et au sud Viêt- nam des armes venant de Chine. Jules Roy a fait un séjour à Quang Khé, auquel il a consacré un chapitre de son livre La bataille dans la rizière’. « Depuis longtemps, écrit-il, c’est à Quang Khé que je rêvais d’aller, parce que Quang Khé bat les frontiè¬res de ce grand espace hostile, et parce que c’est le poste le plus exposé aux coups. » Il décrit l’atmosphère très particulière de ce lieu et fait un récit détaillé des violents combats auxquels il a assisté l’an passé, lorsque les Viets ont essayé pendant trois jours de s’emparer du poste, laissant plusieurs centaines de morts dans les barbelés. C’est au cours de cette opération que l’enseigne de vaisseau Bovis (promo 45), qui commandait alors la marine à Quang Khé, s’est particulièrement illustré. Blessé, il devait passer la suite à de Lalonde. Treize ans plus tard, ce poste, alors dans les mains du Viet-minh, fera encore parler de lui, lorsqu’en août 1964 des vedettes viet- minh basées à Quang Khé attaqueront des destroyers de l’US Navy. Cette agression servira de prétexte aux Américains pour déclarer la guerre au Nord Viêt-nam.
J’écoute de Lalonde avec passion et, moi qui m’ennuie à bord du Cheliff, je l’envie. Je vais retourner à l’état-major pour essayer d’obtenir enfin une affectation « sur le fleuve », et je poserai ma candidature pour Quang Khé, dans l’éventualité où le poste de second du groupe marine se libérerait.
Nous sommes maintenant trois midships à bord du Cheliff. Martin nous quitte en janvier pour regagner la France. Il va y retrouver et épouser sa belle d’Osa-ka. Villard, un aspirant de réserve, a embarqué à notre retour du Japon. Atteint du i même ennui que moi, ii traîne lui aussi dans les états-majors pour décrocher une affectation sur le fleuve. Il m’est, sans doute, supérieur pour l’intrigue : je briguais un poste de commandant d’un engin à Cantho, et c’est lui qui l’obtient. Encore et encore, je vais devoir appareiller pour Haiphong.

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